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Rencontre avec des Ladakhis (14/08/2024)

Catégories Inde - Ladakh0 Commentaire

Il est 8h quand je vais au petit déjeuner. Le couple d’Israelien a prévu une grande journée, ils sont déjà prêt à partir. Je les salue en rejoignant la pièce commune. Le petit déjeuner est constitué de chapati (une galette de blé) et de confiture. La galette est un peu bourrative pour moi mais j’ai besoin d’énergie et me force à en manger une complète. Il est 9h quand je pars. Le chemin d’aujourd’hui n’apparaît pas sur les cartes. Regsine m’accompagne à la sortie du village et me donne les indications. Rien de compliqué mais sans GPS, se référer au pont sur la rivières, la maison a la façade blanche et suivre le col à vue me paraît aléatoire.

En marchant les indications sont finalement très clair. Les gens d’ici connaissent leur montagne. Je marche à un bon rythme et trouve plus facilement mon souffle qu’hier. Il y a peu de dénivelé mais le passage du col reste rude pour moi. Il fait très chaud encore plus que la veille. La casquette me donne trop chaud, j’enroule ma tête de mon châle façon turban Marocain.

J’arrive rapidement en haut et aperçois le village d’Hemis-Shukpachan. J’hésite à forcer mon chemin pour aller directement à Ang comme les israéliens mais je suis fatigué. J’arrive en ville vers 11h. Il n’y a personne dans la vieille ville, je tourne un peu en rond. En passant devant un champ et après les avoir salué du traditionnel “Ju Le”, je demande au agriculteurs s’ils connaissent un endroit où dormir. La maison d’en face abrite un “homestay”. Une jeune fille sors du champ et m’y accompagne. Pas d’eau courante ici mais l’accueil par l’ensemble de la famille est chaleureux, je reste.

Sur place je rencontre autour d’une tasse de thé T T Nyamgal, 80 ans, l’ancien instituteur du village. Il a aidé les premiers anthropologues français à comprendre le Ladakh et me sors des livres d’une soixante d’année. On échange beaucoup. Grâce à ses rencontres, il a visiter l’Europe. Un privilège rare pour un Ladakhi. Nous discutons des valeurs de nos pays, pour lui les européens sont riches, peuvent tout avoir mais à un coût trop élevé. Nous travaillons trop dure, trop longtemps, ce qui nous empêche de vivre avec les autres et de passer du temps avec notre famille et nos amis. Pour lui les habitants du Ladakh sont bien plus riches. Ici, pas besoin d’argent, ils sont autonomes. Tout le monde à un toit sur la tete, un bout de jardin et toute les ressources dont ils ont besoin. Et surtout, ils ont du temps pour vivre ensemble. Les échanges sont passionnant mais mon corps a besoin de repos. Je parts pour une petite sieste. À mon réveil, je commence le livre de l’anthropologue Française qui a étudié le village avec l’aide de TT. L’histoire du Ladakh est complexe. Les différents conflits interne ont amené le Ladakh à être rattaché au Maharajah du cachemire. Lors de l’indépendance en 1947, bien que majoritairement Musulmans, le cachemire est resté indien et non pakistanais. Le Ladakh, boudhistes, a des liens plus proches avec le Tibet mais en 1950, quand la Chine envahi le Tibet, la région se retrouve isolé culturellement et source de conflit entre l’Inde, le Pakistan et la Chine. Ceci explique le nombre très important de camps militaires dans la région. L’arrivée des militaires et des commerçants du cachemire ont transformé peu à peu l’économie. Le chef lieu, Leh, est maintenant un lieu touristique pour les indiens. La culture change mais pas dans les villages du Ladakh, où les réfugiés tibétains et les Ladakhi conservent leur culture boudhistes.

Je vais faire un tour en ville jusqu’à l’immense statut de bouddha qui surplombe la ville. Je me promène et profite de cet oasis. TT me conseil un musée un peu plus bas. Ici personne ne parle anglais mais on m’ouvre grand les portes. Le musée est en fait un grenier reprenant de vieux objets de la région. Il est difficile d’y trouver un intérêt sans explication mais la famille est très accueillante. Je reste pour le thé et joue avec leur petit fils. Il est à peine plus jeune de mon neveu. Adorable enfant, je reste ici un moment. En repartant les aux revoirs sont un peu émouvant. Sur le chemin du retour, ce sentiment me reste et je sens l’envi d’avoir des enfants grandir en moi.

De retour chez TT il me propose des abricots. Ils sont plus petit ici mais très important pour la vie. Le fruit est délicieux mais la noix au milieux du noyau aussi. Rien n’est perdu, la farine et l’huile faite à partir des noyaux servent aux rites. TT me propose de faire le tour du village, je le suis. Il a un sacré rythme pour un homme de 80 ans et peine parfois à marcher aussi vite. Il m’emmène voir la source d’eau qui alimente le village, puis les moulins à eau qui permettent de moudre le blé préalablement torréfié. Ma sensibilité d’ingénieur en mécanique me fait apprécier ces mécanismes très malin qui rende la production de farine automatique en utilisant simplement l’énergie de l’eau. Ici des dizaines de moulins s’enchaînent. À la belle saisons toutes les familles les utilisent en même temps.

Nous continuons à traverser le village en parlant des rudes hivers qu’il y a ici dans les montagnes. En le remerciant de son hospitalité, il me parle des principes de sa religion et que l’aide en fait partie. Bien qu’isolé dans ses montagnes il est sensibles aux conflits dans le monde et nous parlons de l’Ukraine et d’Israel. Il regrette que les principes boudhistes ne s’applique pas ailleurs, ne connaît pas les solutions aux conflits et s’inquiète aussi des relations avec les musulmans. La région est toujours enclin aux conflits avec le Pakistan et les situations locales créé facilement des tensions. Nous retournons dans la maison, je continue ma lecture pendant qu’en face de moi son petit fils joue sur un téléphone portable et que TT étudie des anciens textes boudhistes.

Je fatigue rapidement, il est temps pour moi de manger. Le dîner est délicieux, un dahl, du riz et des patates. Je jette un œil au ciel, ce soir des nuages ont fait leur apparition. Je vais me coucher.

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